Au Venezuela, les forces contre-révolutionnaires,soutenues par l’oligarchie et – de plus en plus ouvertement – par l’impérialisme américain,sont en marche. Elles profitent d’une profonde crise économique et sociale pour ameuter une partie de la population contre le gouvernement et semer le chaos, dans le but de s’emparer du pouvoir. Si elles y parviennent, le pays traversera une période de réaction répressive pendant laquelle toutes les réformes sociales mises en place sous la direction d’Hugo Chavez, décédé en mars 2013, seront détruites.
Les pénuries, le rationnement de l’électricité et de l’eau, la fermeture des services publics – qui ne s’ouvrent au public que deux jours par semaine – et la corruption généralisée dans la bureaucratie et la bourgeoisie « bolivariennes », épuisent et démoralisent la population, pendant que la droite présente la crise comme la conséquence du « socialisme ». L’oligarchie veut reprendre le pouvoir le plus rapidement possible. Si elle ne peut pas l’obtenir par les urnes, elle serait prête à déclencher une guerre civile. L’ancien « narco-président », Uribe, prône une intervention militaire des États-Unis et l’installation d’un régime autoritaire.
La cause la plus évidente de l’effondrement économique est la chute du prix du pétrole, dans une économie massivement dépendante de cette seule ressource. Elle est aggravée par la corruption et le sabotage économique. Plus fondamentalement, la situation désastreuse dans laquelle le pays se trouve s’explique par le fait que la révolution, du temps de Chavez, s’est arrêtée à mi-chemin. À l’apogée du mouvement révolutionnaire, et surtout après les coups d’État manqués de l’opposition en 2002-2003, il aurait été possible de mobiliser la masse de la population pour l’expropriation de la classe dirigeante, jetant les bases d’une planification démocratique et socialiste de l’économie. Cette transition aurait eu des répercussions importantes à travers le continent latino-américain. Mais elle n’a pas eu lieu. L’élite « bolivarienne », s’accrochant à son pouvoir, ses privilèges et ses pratiques corrompues, a déraillé la révolution et ouvert la voie à ses ennemis. L’oligarchie capitaliste a pu sauvegarder l’essentiel de son pouvoir. Affaiblie et jetée sur la défensive pendant la période ascendante du mouvement révolutionnaire, elle a fini par repasser à l’offensive.
Les communistes regroupés autour de La Riposte ont activement soutenu la révolution vénézuélienne depuis le début. Ils avaient lancé la campagne « Pas touche au Venezuela ! » à l’époque où une intervention militaire américaine contre Chavez semblait être à l’ordre du jour. Mais notre soutien ne se réduisait pas à « suivre » et applaudir aveuglement la révolution telle qu’elle se déroulait, sans réflexion et sans analyses indépendante. Pendant toutes ces années de tumulte révolutionnaire, nous avons insisté sur le risque d’un retournement de la situation si le camp révolutionnaire ne prenait pas des mesures décisives pour briser le pouvoir de l’oligarchie. Voici, par exemple, un extrait d’un texte que nous avons publié en octobre 2003. Tirant les enseignements des tentatives de reprise de pouvoir de la part des contre-révolutionnaires, nous avions écrit : « Les événements vénézuéliens démontrent on ne peut plus clairement qu’aucun compromis avec la réaction n’est possible. L’apparent « équilibre » entre les camps opposés tient au fait que la classe capitaliste est – pour le moment – trop faible pour en finir avec le mouvement révolutionnaire, tandis que ce dernier, faute d’une direction révolutionnaire à la hauteur de la situation, n’a pas pu porter un coup décisif à ses ennemis.
Cette situation ne peut durer indéfiniment. Le danger mortel qui guette la révolution se nourrit du fait que, jusqu’à présent, aucun des problèmes fondamentaux de la société vénézuélienne n’a été résolu. Les propriétaires terriens conservent leur pouvoir et leurs terres. Les capitalistes vénézuéliens et étrangers dominent toujours l’économie. […] À deux reprises, les masses déshéritées du pays, victimes d’une économie dont elles n’ont pas la maîtrise, se sont déversées dans les rues de la capitale pour repousser la menace contre-révolutionnaire. À chaque fois que la contre-révolution a relevé la tête, la population l’a assommée. Mais ce ne sera pas toujours le cas. De tels mouvements révolutionnaires imposent de lourds sacrifices à un peuple et sont de grands consommateurs d’énergie psychologique. Par conséquent, à un certain stade, si la lutte actuelle n’aboutit pas au renversement du capitalisme, la masse de la population commencera à se fatiguer et à retomber dans l’indifférence. Les éléments les plus énergiques et révolutionnaires de la classe ouvrière se retrouveront isolés et affaiblis. Le reflux du mouvement révolutionnaire s’accompagnera de nouveaux clivages et alignements au sein des forces armées, ouvrant la possibilité aux éléments les plus conservateurs de reprendre le dessus. C’est alors que la contre-révolution pourra frapper de nouveau, et avec beaucoup plus de chances de succès que les fois précédentes. »
Aujourd’hui, 14 ans plus tard, la perspective désastreuse évoquée dans cet avertissement est malheureusement en train de se réaliser.
La Riposte