La manifestation contre la Loi Travail du mercredi 14 juin a rassemblé plus d’un million de manifestants venus à Paris de toute la France et même de l’étranger.
La classe ouvrière s’est montrée déterminée et soudée, contre ce qui ne représente rien de moins qu’un retour à des conditions de travail dignes du 19e siècle. En réponse à cette réaction légitime, le gouvernement « socialiste » n’a pas hésité à utiliser la force de manière illégitime et disproportionnée. Illégitime du fait que l’immense majorité des manifestants étaient parfaitement calmes. Disproportionnée car le dispositif policier mis en place était énorme en regard du faible nombre d’éléments non organisés et violents présents, facilement maîtrisables avec moins de moyens.
Au départ, la manifestation a commencé sous de bons auspices. Les manifestants étaient calmes, quoique déterminés. Le cortège des dockers a vite donné le tempo, impressionnant de discipline et de force tranquille. Un air de fête presque, où l’humour des slogans ne masquait pas un ras-le-bol certain des travailleurs. Tout au long de l’itinéraire, des inscriptions écrites à la bombe sur les murs exprimaient une humeur clairement anticapitaliste.
Mais les bombes de peinture des manifestants se sont au final heurtées aux bombes de gaz lacrymogène des policiers. Arrivés près des Invalides, nous sentions comme une tension dans l’air. Invisibles ou quasiment depuis le début de la marche, les CRS casqués et harnachés de carapaces imposantes se sont rangés face aux travailleurs. Un canon à eau s’est intercalé entre deux groupes de manifestants, et a commencé à saucissonner le cortège par des arrosages répétés. À cette provocation, les travailleurs ont commencé à scander des slogans anti policiers, tandis que des éléments autonomes et des casseurs venus pour en découdre se sont mis à jeter des projectiles aux forces de l’ordre.
L’air étant saturé de gaz lacrymogène, une majorité des manifestants se sont mis à reculer, tandis qu’une poignée restait face aux CRS. Tout d’un coup, une clameur a retenti depuis la « ligne de front », suivie d’un mouvement de foule : les CRS avaient fini par charger. Les travailleurs ont vite essayé de calmer le jeu, se forçant à ne pas céder à cette tentative d’intimidation. Des bénévoles de la Croix Rouge se sont portés au secours de manifestants visiblement très affectés à cause des gaz lacrymogènes, et des riverains ont distribué de l’eau depuis leurs fenêtres.
Passé ce moment de recul, les travailleurs se sont dirigés de nouveau vers les Invalides, où les policiers formaient une cloison étanche nous séparant d’un groupe de travailleurs ayant réussi à passer. Rapidement, les CRS se sont retrouvés au milieu du terre-plein gazonné qui jouxte le Musée des Armées, entourés de part et d’autre par des manifestants. Aux slogans haineux de la police se sont succédé des tentatives de médiation, où les travailleurs ont essayé de raisonner les policiers et de leur faire prendre conscience de l’exploitation dont eux aussi étaient victimes. Ceux-ci ont montré des visages fermés, même si certains se sont montrés ouverts au dialogue.
Plus en arrière de la manifestation, les CRS ont littéralement coupé le cortège en le déviant de sa destination. Véritable provocation policière instaurant un climat de tension extrême, les CRS usaient d’une force disproportionnée à coups de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes contre le cortège, sans aucune distinction. Lors de l’arrivée des dockers du Havre face à ce barrage, ces derniers restaient très calmes et n’avaient aucune intention de forcer le passage. Il a fallu la provocation de trop de la part des CRS contre des manifestants et certains dockers qui assuraient la sécurité pour que la réaction ne se fasse pas attendre et que ces derniers chargent littéralement les CRS, leur démontrant ainsi la force qu’ils représentent.
L’attitude des forces de l’ordre est proprement scandaleuse, la stratégie déployée est une entrave au droit de manifestation et les méthodes employées font des CRS les véritables provocateurs de troubles à l’ordre public.
Pendant un temps, la situation a semblé se figer. Par esprit bravache, des groupes de jeunes se sont assis en cercles à quelques mètres des CRS, feignant de discuter comme si de rien n’était. Petit à petit, les manifestants se sont dirigés vers le Pont des Invalides, pour retourner qui à leurs bus, qui à la station de métro la plus proche. Ils sont partis encore plus déterminés que jamais, sûrs cette fois que ce gouvernement ne cédera que par la force.
RB et GH, PCF93 et CGT76