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Les éleveurs mettent leur avenir entre les mains de leur bourreau

Les éleveurs sont en colère du fait de la baisse de leurs revenus. Principale cible de leur colère : la grande distribution.

En effet, celle-ci s’accapare des marges juteuses notamment sur le lait, ou encore met en rayon de la viande d’origine étrangère qui constitue une concurrence déloyale selon les éleveurs. C’est ce que les médias nous présentent régulièrement et il n’y a pas grand intérêt à développer encore une fois cet argument.

Néanmoins, un fait est plus surprenant. Le syndicat majoritaire dans la profession agricole, la FNSEA, est dirigé depuis 5 ans par Xavier Beulin, qui est également président d’Avril-Sofiprotéol.

Avril-Sofiprotéol est un groupe agro-industriel qui produit du biodiesel. Il est même le premier producteur Européen… mais il a bien d’autres activités. On peut même dire qu’il s’agit d’une puissance capitaliste tentaculaire. Avril-Sofiprotéol regroupe 150 sociétés différentes, est présent dans 22 pays et pèse 7 milliards d’euros.

En France, la holding fournit donc 100.000 agriculteurs en divers produits phytosanitaires, en semences, en matériels agricoles et en investissements financiers. Ces derniers lui revendent (mais n’ont évidemment aucun pouvoir de décision sur les prix) les produits de leurs récoltes, notamment les graines de colza et de tournesol. Une partie de ces produits est transformée, toujours par la holding, en huiles alimentaires, en biocarburant et en divers produits nécessitant un corps huileux (comme les peintures glycéro). L’autre partie, les tourteaux (les résidus solides des graines après extraction de l’huile), est destinée à l’alimentation animale et est donc vendue à 175.000 éleveurs.

Les éleveurs et les agriculteurs sont donc très dépendants de cette holding. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Avril-Sofiprotéol, comme toute entreprise capitaliste qui veut se maintenir, est condamnée à grossir toujours plus.

Sofiprotéol cherche toutes les débouchés possibles pour un produit (comme le biodiesel) et s’implante dans les filières pour les contrôler et les optimiser. Ainsi, elle tend vers un monopole qui a alerté la « Cour des comptes » en 2002.

Les dirigeants, dont Xavier Beulin, souhaitent donc une forte industrialisation du secteur de l’agroalimentaire. La ferme des 1000 vaches en est un exemple. Globalement, il y a volonté de développer des unités de production très concentrées et de détruire les petits éleveurs et les petits exploitants agricoles.

Cette révolution industrielle du monde agricole entraine évidemment des effets indésirables pour le consommateur… mais pas pour Sofiprotéol. Ainsi, la concentration de l’élevage et de l’agriculture entrainera :

Ainsi, la politique de subvention de la PAC va exactement dans le sens de cette holding et ce n’est pas accidentel.

Il est intéressant également de souligner qu’Avril-Sofiprotéol a des parts dans le journal Le Monde et possède également le groupe France Agricole, dont le magazine du même nom est leader de la presse agricole. Ainsi, elle est en capacité de faire un travail idéologique, d’attirer l’attention ailleurs (sur les marges des grandes surfaces par exemple, même si effectivement les grandes surfaces sont également un facteur d’appauvrissement des petits producteurs) et d’entretenir une image favorable auprès des agriculteurs.

Nous pouvons très vite constater que les petits exploitants sont les dindons de la farce. Xavier Beulin et la FNSEA les envoient se défouler contre les ennemis apparents (les grandes surfaces, le gouvernement, les concurrents étrangers) pendant qu’ils détruisent leur profession en faisant mine de les soutenir.

Une entreprise aussi gigantesque que Sofiprotéol, dont le pouvoir économique, politique et médiatique est si ramifié et dont les décisions ont un tel impact sur la société française dans son ensemble, voire au niveau international, n’a aucune raison de rester entre les mains de quelques capitalistes assoiffés de profits.

Sofiprotéol est l’un des responsables de l’accentuation de la désertification rurale, de la concentration des terres agricoles dans un nombre de mains de plus en plus réduit et de l’appauvrissement des petits exploitants. Il y a pourtant une nécessité économique et écologique de redynamiser les territoires ruraux.

Les éleveurs qui manifestent leur colère aujourd’hui devraient avoir en tête ces quelques vérités sur la véritable nature de Sofiprotéol. Il leur apparaitrait alors clairement que leur unique issue repose sur la nationalisation et la gestion démocratique par les travailleurs de Sofiprotéol, d’une part, mais aussi de l’ensemble des secteurs clefs de l’économie française.

Jean-François Garcia, PCF Laon

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